- Il n’existe pas de « meilleure IA » pour un atelier : chaque outil produit un effet pédagogique différent.
- ChatGPT sert à comprendre le prompt, Gemini à partir du téléphone déjà en poche, Copilot à raccrocher la bureautique, Vibe à parler souveraineté, Perplexity à vérifier les sources.
- L’objectif n’est jamais l’outil : c’est qu’un usager sache seul quand faire confiance à la machine et quand s’en méfier.
L’important n’est pas de dénicher « la meilleure IA », mais de choisir le bon outil pour le bon clic. En atelier d’inclusion numérique, ChatGPT, Gemini, Vibe, Copilot et Perplexity ne produisent pas les mêmes effets pédagogiques. Un outil IA peut aider un usager à écrire, comprendre ou vérifier ; il peut aussi l’induire en erreur, l’impressionner inutilement ou lui faire perdre son propre jugement.
Je pourrais céder à la facilité, brandir l’icône verte et vous dire : « Moi, en atelier, je fais du ChatGPT. » Ce serait vendeur, c’est vrai. Mais ce serait incomplet, et surtout, pédagogiquement paresseux.
Parce qu’en médiation numérique, je refuse d’utiliser l’intelligence artificielle comme un gadget de fête foraine pour épater la galerie. Je l’utilise comme un support d’émancipation technologique. Et selon ce que je veux faire comprendre à l’usager qui fait face à l’écran, le choix de la machine change du tout au tout.
Il y a des moments où ChatGPT reste le plus direct pour décortiquer un texte. D’autres où Gemini parle immédiatement, parce que l’usager a déjà son compte Google configuré sur son smartphone Android sans le savoir. Parfois, Copilot permet de raccrocher les wagons avec l’univers Word ou Outlook. D’autres fois, Perplexity devient l’arme fatale pour réapprendre à chercher des sources. Enfin, Vibe de Mistral nous permet d’ouvrir le capot sur les alternatives européennes et la souveraineté des données.
Le vrai sujet n’est pas de savoir quelle IA est la plus « intelligente ». La vraie question, celle du terrain, c’est : quel outil va permettre à cet usager précis, dans cette situation précise, de reprendre le contrôle ?
Ce retour terrain complète mon article de fond sur ce que l’IA change vraiment en médiation numérique, qui pose le cadre général dans lequel s’inscrit cette sélection d’outils.
Pourquoi je ne présente jamais « l’IA » comme un bloc unique
Quand les médias ou les institutions parlent d’intelligence artificielle au grand public, ils commettent souvent une erreur majeure : ils globalisent. Tout finit dans le même sac magique. Pour un usager senior ou en insertion qui galère déjà avec ses identifiants FranceConnect, cette masse informe est profondément anxiogène.
Pédagogiquement, c’est un piège. Un outil qui reformule une lettre de motivation n’obéit pas à la même logique qu’un moteur qui extrait des sources. Une interface intégrée au traitement de texte n’a pas le même impact qu’un chatbot en roue libre. En atelier, mon but n’est pas de faire de la magie, mais de faire piger trois règles fondamentales :
- Une IA ne devine rien : elle répond strictement à une consigne (le prompt).
- Une IA est un menteur magnifique : elle peut se planter avec un aplomb tel qu’on lui donnerait le bon Dieu sans confession.
- Le choix de l’outil formate le résultat obtenu.
Démonstration par la pratique avec mes cinq compagnons de table d’atelier.
1. ChatGPT : le cobaye idéal pour la logique du prompt
ChatGPT reste le grand classique pour initier un groupe à la culture des invites. Pourquoi ? Parce que son interface épurée force à la discussion. Ici, on casse le réflexe « mots-clés » hérité de Google. On apprend aux usagers qu’on ne tape pas des mots isolés : on formule, on donne un rôle, on fixe un cadre.
Un usager doit écrire à la CAF pour contester un trop-perçu mais reste paralysé par la peur du jargon administratif. On tape un premier jet brut. Le résultat est correct, mais froid. C’est là que le travail commence. Je lui dis : « Demandez-lui d’être plus court, de rester courtois, de retirer les phrases agressives. » En voyant le texte s’ajuster en direct, l’usager comprend le cœur du sujet : la machine n’est qu’un miroir de sa propre exigence.
Ce que j’évite absolument : le laisser générer un courrier officiel et le copier-coller directement. Un texte produit par IA peut être fluide tout en étant juridiquement à côté de la plaque.
2. Gemini : la porte d’entrée par l’écosystème du quotidien
Gemini a un avantage tactique immense en atelier : il est déjà dans la poche de la moitié des participants. Quand un usager me dit qu’il n’a pas envie de créer un énième compte sur un site obscur, je lui demande de déverrouiller son smartphone Android.
Google présente son outil comme un assistant pour planifier et réfléchir. En atelier, je m’en sers pour désacraliser l’outil : organiser une liste de courses par rayons, ou traduire en clair la notice illisible d’un appareil électroménager.
Le point de vigilance critique : c’est le moment idéal pour lancer une discussion un peu plus rebelle sur la dépendance technique. « Puisque Gemini est partout, dans vos mails et votre téléphone, gagne-t-on du temps ou perd-on un peu plus de notre autonomie numérique ? » Le médiateur n’est pas là pour vendre du clic Google, mais pour donner à voir l’infrastructure. J’ai développé cette question dans Gemini Intelligence : l’IA à deux vitesses.
3. Vibe de Mistral (ex-Le Chat) : le pas de côté européen
Pour sortir du match de ping-pong entre San Francisco et Mountain View, je sors Vibe de ma besace. Je l’utilise comme un outil de contre-enquête.
On reprend exactement la même consigne que celle donnée à ChatGPT (par exemple : « Explique-moi la double authentification »), et on compare les deux fenêtres. Le ton de Mistral est souvent plus sobre, moins américain dans ses élans de politesse superflue. Et l’argument des données hébergées en Europe ouvre une vraie discussion, plus concrète qu’un cours théorique sur le RGPD.
Quand l’IA invente une information avec aplomb, c’est le meilleur moment pédagogique de la séance. Ne le rattrapez pas : montrez-le. Un usager qui a vu la machine affirmer une contre-vérité avec assurance retient la leçon bien mieux qu’après dix minutes de discours sur la prudence.
4. Microsoft Copilot : le pont vers l’insertion professionnelle
Dès que j’accompagne des publics en recherche d’emploi ou des bénévoles associatifs, on bascule sur Copilot. Pourquoi ? Parce que leur univers de référence professionnelle reste la suite bureautique traditionnelle : Word, Excel, Outlook.
Ici, on sort de la logique « bavardage ». On montre comment l’IA s’implante directement dans la production de documents : structurer un compte-rendu de réunion à partir de notes en vrac prises sur un bout de papier, ou mettre en page une lettre de motivation aux normes.
5. Perplexity : le détecteur de conneries algorithmiques
Perplexity est mon outil préféré pour enfoncer un clou essentiel en éducation aux médias : une réponse bien rédigée n’est pas forcément une vérité historique ou juridique.
Contrairement aux autres chatbots qui affirment sans citer, Perplexity va chercher sur le web en temps réel et affiche ses sources sous forme de liens cliquables. En atelier, je pose une question piège sur les aides à la rénovation énergétique.
L’exercice pédagogique : je demande aux usagers de ne pas lire la synthèse de l’IA, mais de cliquer d’abord sur les petites notes. Est-ce un site officiel en .gouv.fr ? Un vieil article de blog périmé ? Un site commercial déguisé ? On réapprend la méthode critique et l’hygiène de l’information.
Tableau comparatif pour le médiateur averti
| Outil | Usage atelier | Point fort terrain | Limite pédagogique |
|---|---|---|---|
| ChatGPT | Logique du prompt | Ultra-polyvalent, parfait pour débuter | Parle avec une assurance trompeuse |
| Gemini | Usagers Android | Pas de compte supplémentaire à créer | Enferme dans l’écosystème Google |
| Vibe ex-Le Chat, Mistral AI |
Débat souveraineté | Hébergement européen, ton sobre | Changement de nom récent, usagers perdus |
| Copilot | Insertion pro | Directement lié aux logiciels de bureau | Offres gratuites et payantes confuses |
| Perplexity | Hygiène de l’info | Force à regarder les sources en direct | L’illusion de vérité par le lien cliquable |
Le scénario d’une séquence d’atelier de 2 heures
Pour une session équilibrée, ne faites pas défiler les outils de manière théorique. Partez d’un problème unique (par exemple une demande de logement social) et passez les outils au tamis :
- 00-30 min — ChatGPT : on jette l’idée brute, on ajuste le prompt, on comprend la mécanique de la consigne.
- 30-50 min — Gemini : on duplique la demande, on note comment l’IA s’intègre au smartphone du quotidien.
- 50-70 min — Vibe : on teste l’alternative européenne, on discute de l’origine des serveurs et de la confidentialité.
- 70-90 min — Copilot : on bascule sur le traitement de texte pour structurer le document final.
- 90-120 min — Perplexity : on cherche les adresses réelles des structures locales en évaluant la fraîcheur des données.
Les 5 commandements de l’usager autonome
Je ne laisse jamais repartir un participant sans ces cinq balises :
- Le masque de l’anonymat : ne donnez jamais votre numéro de sécurité sociale ou vos données fiscales à la machine. Utilisez des variables (« mon organisme »).
- Le principe du correcteur : l’IA produit un brouillon, vous signez le document final. Vous êtes le seul responsable.
- L’art de la simplicité : si le pavé est indigeste, dites-lui « explique-moi ça comme si j’étais débutant ».
- Le réflexe du doute : une IA n’a pas de morale, elle a des statistiques. Une info cruciale se vérifie à la source.
- Gardez le volant : l’outil doit vous faire gagner du temps pour réfléchir, pas vous dispenser de penser.
Ce que l’IA change profondément à notre métier
Pendant dix ans, notre quotidien consistait à accompagner le geste technique. Cliquer au bon endroit, téléverser un PDF, ne pas perdre son mot de passe Ameli. Avec l’explosion des IA grand public, le curseur se déplace violemment.
Le problème n’est plus seulement d’accéder à l’information, mais de savoir la filtrer, la questionner et lui tenir tête. Savoir écrire un prompt, c’est d’abord savoir formuler sa propre pensée. Notre rôle n’est pas de devenir des ingénieurs en algorithmes, mais de rester des passeurs d’autonomie numérique.
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